7 OCTOBRE — À LA MÉMOIRE DE CEUX QUI NE SONT JAMAIS REVENUS
Il est des dates que le temps ne peut effacer.
Le 7 octobre 2023 est de celles-là.
Cet automne-là, jusque chez nous, la nature semblait déchaînée. En France, les tempêtes, les pluies et les inondations frappaient des territoires et des familles, laissant derrière elles des maisons meurtries, des vies bouleversées et ce sentiment terrible de notre fragilité.
Mais en Israël, ce 7 octobre, ce n’est pas la nature qui s’est déchaînée.
Ce sont des hommes qui ont choisi de s’en prendre à d’autres hommes, à des femmes, à des enfants, à des personnes âgées.
À l’aube, des combattants du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens franchirent la frontière entre Gaza et Israël et lancèrent une attaque d’une ampleur et d’une brutalité sans précédent.
La France qualifie aujourd’hui le 7 octobre de « pire massacre antisémite depuis la Shoah ».
Des kibboutzim furent attaqués. Des familles furent surprises dans leurs maisons. Des jeunes venus danser au festival Nova furent pourchassés et tués.
Des civils furent abattus, d’autres brûlés dans leurs maisons ou retrouvés dans des conditions atroces. Des personnes furent blessées, maltraitées ou emmenées de force à Gaza.
Plus de 1 200 personnes furent tuées. 251 personnes furent prises en otage.
Et il faut également nommer une autre réalité de cette journée.
Les Nations unies ont établi qu’il existait des motifs raisonnables de croire que des violences sexuelles liées au conflit, notamment des viols et des viols collectifs, avaient été commises en plusieurs lieux lors des attaques du 7 octobre. Elles ont également recueilli des informations claires et convaincantes établissant que certains otages détenus à Gaza avaient subi des violences sexuelles, notamment des viols, des tortures sexualisées et des traitements cruels, inhumains ou dégradants.
L’étendue exacte de ces crimes ne pourra peut-être jamais être entièrement connue.
Devant une telle violence, les mots deviennent presque dérisoires.
Alors demeure le recueillement.
Trois ans ont passé.
Aujourd’hui, nos pensées vont vers ceux qui ne sont jamais revenus, vers les survivants qui portent encore leurs blessures, vers les parents privés de leurs enfants, les enfants privés de leurs parents, les familles dont l’existence a basculé en quelques heures.
Nous pensons particulièrement aux 51 Français qui ont perdu la vie dans ces attaques, auxquels la France rend hommage aujourd’hui avec l’ensemble des victimes.
Car derrière les nombres, il y avait des visages.
Des voix.
Des familles.
Des projets.
Des êtres aimés.
Parmi eux se trouvait Vivian Silver, 74 ans.
Israélo-canadienne, militante infatigable de la paix, elle vivait au kibboutz Be’eri. Pendant des décennies, elle avait œuvré au rapprochement entre Israéliens et Palestiniens, travaillé auprès des communautés bédouines et participé à des initiatives permettant notamment à des malades palestiniens de Gaza d’être soignés en Israël.
Et c’est dans ce même kibboutz de Be’eri que sa vie s’arrêta.
Le 7 octobre, réfugiée dans la pièce sécurisée de sa maison tandis que les assaillants étaient entrés chez elle, Vivian échangeait encore avec son fils Yonatan.
Elle lui écrivit qu’elle avait peur de respirer.
Son fils lui répondit :
« Je suis avec toi. »
Vivian lui écrivit :
« Je te sens. »
Puis vint le silence.
Pendant plus d’un mois, sa famille espéra qu’elle avait été emmenée à Gaza et qu’elle reviendrait.
On apprit finalement que Vivian Silver avait été tuée ce matin-là à Be’eri.
Son histoire est celle d’une femme.
Mais aujourd’hui, son visage nous rappelle tous les autres visages.
Tous ceux dont nous ne connaîtrons jamais les derniers mots.
Tous ceux qui ont attendu le retour d’un enfant, d’un conjoint, d’un père, d’une mère.
Tous ceux dont une chaise demeure désormais vide autour d’une table.
Tous ceux dont l’existence s’est arrêtée en quelques instants.
En ce 7 octobre, nos prières s’élèvent pour chacun d’eux.
Elles s’élèvent pour les morts.
Pour les survivants.
Pour les familles endeuillées.
Pour ceux qui furent otages et pour leurs proches.
Pour tous ceux dont cette journée a changé la vie à jamais.
Notre cœur s’indigne devant le terrorisme, devant le meurtre délibéré de civils, devant les prises d’otages, devant les violences sexuelles, devant les tortures et les traitements inhumains infligés à des êtres sans défense.
Mais nous refusons que la haine ait le dernier mot.
Car Vivian Silver, jusque dans cette terre meurtrie où elle devait perdre la vie, avait consacré son existence à une conviction : malgré les blessures de l’Histoire, malgré les frontières, malgré les guerres, la paix reste une œuvre que des êtres humains doivent avoir le courage de construire.
Alors souvenons-nous.
Souvenons-nous des victimes du 7 octobre.
Souvenons-nous de Vivian.
Souvenons-nous de chacun de ces visages disparus.
Et parce que la souffrance d’un innocent ne devient jamais moins tragique selon son origine, ayons également une pensée pour toutes les victimes civiles innocentes, israéliennes et palestiniennes, emportées depuis par cette guerre.
Que nos prières accompagnent ceux qui pleurent encore.
Que la mémoire demeure lorsque les années passent.
Que la dignité humaine l’emporte sur la barbarie.
Que la paix, un jour, l’emporte sur la haine.
À Vivian Silver et à toutes les victimes du 7 octobre 2023 : que leur mémoire soit une bénédiction.
Nous n’oublions pas.